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22 juin 2013

Belle du Seigneur revu par David Hamilton

LE FIGARO.fr

 

        

    

Natalia Vodianova et Jonathan Rhys Meyers: le couple vedette du film.

Natalia Vodianova et Jonathan Rhys Meyers: le couple vedette du film.                                            Crédits photo : OCEAN FILM/OCEAN FILM

Pour son premier long-métrage, le réalisateur brésilien Glenio Bonder s'est attaqué au roman culte d'Albert Cohen. Son film prouve que le livre était inadaptable.

 

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Françoise Sagan n'aimait pas le livre. Il n'est pas sûr qu'elle aurait aimé le film. Chef-d'œuvre pour les uns, millefeuilles boursouflé pour les autres, Belle du Seigneur tentait les producteurs depuis des décennies. À une époque, Bernard-Henri Lévy rêvait même de jouer Solal. Réputé inadaptable, le roman culte arrive enfin sur les écrans.

Le film est court, il a fallu trancher dans l'épais volume de 800 pages. Au vu du résultat, on se dit que les ciseaux n'ont pas coupé aux bons endroits. La vaste fresque se transforme en adultère à l'eau de rose. Albert Cohen montrait par A + B que l'amour n'est pas un sentiment aimable. Le réalisateur Glenio Bonder (1956-2011, paix à son âme: il est mort durant le montage) signe ici une ample publicité pour des parfums coûteux.

Maximes empesées

Que faire à la Société des nations (SDN) dans les années 1930? Apparemment, la seule activité consistait à séduire l'épouse des collègues. L'Europe est au bord de la guerre, mais Jonathan Rhys Meyers préfère mener les hostilités en dentelle. Il faut dire que Natalia Vodianova a du charme et qu'elle incarne un remède idéal aux montées du fascisme. Le monde va prendre feu et les amants se roulent dans des draps de satin, visitent des destinations touristiques, réservent dans les meilleurs hôtels. Ce catalogue alterne scènes à la David Hamilton et dépliants pour syndicat d'initiative. On saute tout habillés dans les vagues. On se promène à cheval sur les rivages italiens. On foule des plages de galets en smoking.

Marianne Faithfull fait la servante dévouée, la brave fille qui en a vu d'autres. La belle-mère est pète-sec, odieuse. Le couple vedette lasse très vite les âmes les plus indulgentes. Elle désire de la simplicité. Il veut de l'exceptionnel. Cela l'oblige à s'exprimer par maximes aussi empesées que le col de ses chemises. Elle est protestante. Il est juif.

Le mari, lui, est étrangement absent. On le comprend. Un peu plus, et il était partie prenante de cette aventure sans queue ni tête, de cette passion sur papier glacé. La solution, pour le spectateur, sera de s'accrocher à des détails. Par exemple, de se demander quelle actrice incarne l'épouse du héros (il s'agit de Maria Bonnevie). Ou de repérer, parmi les figurants, les visages d'anciens ministres de Mitterrand. Jack Lang a trois lignes de dialogue. Georges Kiejman, lui, ne dit pas un mot. Il a eu chaud. Décidément, non, Sagan n'aurait pas apprécié.

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